Si vous me connaissez, même juste un tout petit peu, vous savez que la vision de la douance comme étant une série d’habiletés cognitives hyperdéveloppées me laisse sur ma faim. Je trouve que c’est réducteur et que ça ne traduit ni l’ampleur des impacts ni la vaste diversité des manifestations de la douance.
Je comprends que, d’un point de vue historique, il n’y avait aucun moyen d’appréhender ce phénomène autrement qu’en évaluant tardivement ses manifestations visibles et que les tests de QI permettaient de valider avec une certaine fiabilité scientifique (ou statistique) cette impression de voir le monde et d’y réagir autrement que la plupart des gens. Mais aujourd’hui, avec les avancées en neurosciences et en imagerie médicale, nous pouvons enfin nous détacher des vieilles définitions floues et subjectives de l’intelligence. Alléluia! Il était temps!
En fait, aujourd’hui, la plupart des auteurs s’entendent pour dire que la douance aurait à la fois une composante génétique, présente chez l’individu dès la conception et qui commence à influencer son développement dès ses premiers mois de vie intra-utérine[5], et une composante environnementale[2]. En fait, on considère maintenant que la douance n’est pas simplement une caractéristique ou une habileté ni même une collection d’habiletés mais plutôt une particularité développementale marquée, entre autres, par :
- la rapidité de maturation des structures et du fonctionnement neurologique[3][4][5] ;
- la myélinisation précoce[4] favorisant la vitesse de transmission de l’influx nerveux ;
- l’augmentation de la connectivité intra- et inter-hémisphérique[3] via les faisceaux de matière blanche[3] ;
- une consommation plus efficace du glucose utilisé par les connexions nerveuses[2][6] ;
- une surabondance de neurones miroirs, aussi appelés « neurones de l’empathie »[4].
Si l’on considère la douance sous l’angle génétique, il va de soi que les gènes ne changent pas au fil de la vie ; mais si l’on considère la douance sous l’angle environnemental, alors toute évolution positive ou négative, quantitative ou qualitative est possible. Nous savons que plusieurs facteurs internes et externes peuvent entrainer une baisse de performance ou une amélioration sélective de certaines composantes ou manifestations de la douance. La clé d’une évolution positive repose en fait sur la qualité de l’accompagnement qui sera offert à l’enfant doué et ce, le plus tôt possible dans son développement. En gros, un enfant doué reste doué toute sa vie[1], mais il vivra sa douance de différentes façons au fil du temps et de ses expériences de vie. Nous explorerons différentes évolutions possibles selon différentes théories du développement dans les prochains articles.
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De Kermadec, M. (2011). L’adulte surdoué : Apprendre à faire simple quand on est compliqué. Éditions Albin Michel.
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Gouillou, P. (2019). Découvrir l’enfant surdoué. Dans Terrassier, J.-C. et Gouillou, P. (dir.), Guide pratique de l'enfant surdoué : Repérer et aider les enfants précoces (p. 27-36). ESF Sciences humaines. https://shs-cairn-info.biblioproxy.uqtr.ca/guide-pratique-de-l-enfant-surdoue--9782710137177-page-27?lang=fr
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Sappey-Marinier, D., Suprano, I., Kocevar, G., Revol, O. et Nusbaum, F. (2018). Apport de la recherche en neuro-imagerie sur les caractéristiques cérébrales des enfants à haut potentiel. Dans Revol, O., Habib, M. et Brun, V. (dir.), L’enfant à haut potentiel intellectuel : regards croisés (p. 58-64). Sauramps Medical.
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Vaivre-Douret, L. (2004a). Les caractéristiques développementales d’un échantillon d’enfants tout venant « à hautes potentialités » (surdoués) : suivi prophylactique. Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 52(3), 129-141. https://doi.org/10.1016/j.neurenf.2004.01.006
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Vaivre-Douret, L. (2004b). Point de vue développemental sur l’enfant à « hautes potentialités » (surdoué). Journal de pédiatrie et de puériculture, 17(5), 254-261. https://doi.org/10.1016/j.jpp.2004.04.019
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Vaivre-Douret, L. (2011). Developmental and Cognitive Characteristics of “High-Level Potentialities” (Highly Gifted) Children. International Journal of Pediatrics, 2011(1), 1-14. https://doi.org/10.1155/2011/420297


